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Un texte Noir et Blanc…
Miranda : - « Mon Dieu ! Mon Dieu ! Un vaisseau qui coule ! Père, père, au secours ! »
Prospero : - « (…) Du spectacle, rien que du spectacle. »
Le texte d’Aimé Césaire est une adaptation pour un théâtre nègre de La Tempête de Shakespeare. Il ramasse les cinq actes en trois et donne un rapport accru aux relations entre Prospero et Caliban. Le maître colonisateur est blanc, l’esclave révolté est noir. Quant à Ariel l’enchanteur c’est aussi un esclave de couleur… Et les deux mondes se croisent, s’affrontent et se déclinent sur les vingt et un personnages de la pièce du poète antillais…
Aimé Césaire est mondialement célèbre. Cette célébrité, il la doit autant à sa poésie de la négritude qu’à son combat quotidien pour la libération définitive de l’homme noir et le dialogue entre les différentes civilisations.
La Forme et le Temps
Nous nous appuierons sur une évolution historique de la colonisation pour raconter la fable, sans craindre anachronismes ni clichés. Passer du naufrage shakespearien à la conquête de l’île vierge par l’explorateur tendance Livingstone, sauter de la perruque au casque colonial pour finir en casquette Paris-Dakar ou de la chéchia au béret noir de la révolte. Se souvenir de «Y a bon !» et finir aujourd’hui… Un aujourd’hui de fiction, où l’île déserte n’aurait pas de relents de mazout ni de résidences hôtelières de luxe. Un aujourd’hui de fiction, dans lequel un Prospero, vieilli, fatigué et drapé dans son héritage colonial veut encore défendre la civilisation de son îlot et pleure toujours après un Caliban qui chante la liberté.
Juste une image.
L’image
La scénographie île-machine dévoile toutes les coulisses, ficelles tirées, coupées et nouées par les hommes, câbles visibles et liens simulés.
Supports de manipulations
Apparitions. Disparitions.
Le temps passe. Le meneur de jeu installe à vue.
Les espaces émergent des profondeurs de l’île : grottes, forêts tropicales …
Mémoires africaines et imagerie d’Epinal
Revisiter encore une fois Schlemmer, débusquer les images à la Jean Paul Goude, piller dans la mémoire de la réclame et ne pas dédaigner un détour vers le réalisme soviétique, chromos …
Chatoyant
L’objet
Nous voulons faire de Une Tempête une farce tragique pour humains, objets ou marionnettes. Les tailles des personnages se tassent ou s’étirent et l’espace s’enfuit. Les masques sont les objets du destin. Qui est la marionnette de qui ? Le travail du « double » vient épauler le thème de la manipulation. Comique ou tragique, le masque est une seconde peau, qui grossit les formes et les couleurs de la réalité, les marionnettes, leurs sœurs jumelles, sont des comédiens de chiffon.
Du magique au réel, du réel au comique, du masque à la marionnette… le principe narratif s’inscrit dans une mise en abîme qui lui donne à la fois relief et profondeur… Densité.
Une luxuriance musicale
Création musicale pour instruments à vent, tubas, bugle, trompette…
La nature
Le silence...
L’écriture de la partition musicale accompagnant le spectacle cherchera par son orchestration et son arrangement à créer un second plan permanent de lecture de la pièce. L’orchestration resserrée (tuba, euphonium, bugle) participe par sa singularité à la scénographie de la pièce et remet en cause de façon permanente sa dramaturgie. Tour à tour sombre, intérieure, stéréotypée, martiale, brillante, burlesque, empruntée, la musique du trio de cuivre peut s’intégrer discrètement au jeu des acteurs ou créer par son aspect narratif, du sens à leur insu, imposant une lecture plus complexe de la pièce de Césaire.
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